« La réunion se tiendra simultanément en distanciel et en présentiel », précisait l’invitation. J’ai souri devant cette formule devenue banale. Comme si nous avions désormais deux manières d’être présents. Depuis quelques années, les crises sanitaires, les technologies numériques et le télétravail ont déplacé notre rapport aux autres. Nous savons désormais nous relier sans nous rencontrer. Mais sommes-nous toujours présents ?
Je préférerai toujours le présentiel. Non par nostalgie, ni par refus de la technique. Les écrans rendent d’immenses services mais ils ne savent pas faire naître cette présence silencieuse qui circule entre les êtres lorsqu’ils respirent le même air. Parler face à face n’est pas seulement échanger des mots. C’est accueillir un regard, percevoir une hésitation, entendre un souffle avant une phrase. C’est laisser les silences faire leur œuvre. Rien de tout cela ne passe entièrement dans un écran.
J’aime cette expression : spectacle vivant. Pourquoi vivant ? Parce que dans le théâtre ou le concert, chaque représentation est unique. Elle dépend de la rencontre, de la présence réciproque et éphémère entre les interprètes et les spectateurs. Ils vivent le même instant et partagent le même risque.
Être en présentiel, c’est peut-être cela : accepter de n’être qu’en un seul lieu, à un seul moment, avec d’autres. C’est renoncer à l’ubiquité que promettent les technologies pour retrouver la grâce de l’instant. Car être présent, ce n’est pas être partout. C’est être entièrement là.
