Saveur et sagesse

La sagesse est un mot qui impressionne. On l’imagine au sommet d’une montagne, réservée à quelques grands philosophes, saints ou maîtres spirituels, inaccessible au commun des mortels. Qui oserait se dire sage ? Les vrais sages, sans doute, sont les derniers à le prétendre. Ils savent que la sagesse ressemble à l’horizon : elle s’éloigne à mesure que l’on avance. La sagesse n’est pas un état que l’on atteint, mais un chemin qui nous précède toujours.

C’est pourquoi j’aime l’étymologie latine de ce mot. Elle réduit soudain la distance. Le mot « sagesse » se réfère au goût :  sapere signifie « avoir du goût », « savourer ». Il a donné le mot saveur. Ainsi, la sagesse ne serait pas d’abord affaire de savoir, mais de saveur. 

Voilà qui change tout. Nous imaginions la sagesse dans l’abstraction ; nous la retrouvons au cœur de nos jours. La sagesse commence peut-être là : dans l’attention au réel. Ne pas se goinfrer, mais prendre le temps de mâcher la vie au lieu de vouloir tout dévorer. Reconnaître que la réalité a une suavité et une complexité d’arômes qui ne se livrent qu’à celui qui consent à ralentir. 

Peut-être la sagesse est-elle moins une somme de connaissances qu’une qualité de présence. Avant de savoir, il faut apprendre à savourer. La sagesse n’est alors ni un privilège ni un sommet. Elle est une saveur qui s’éduque, une disponibilité au monde, un art de goûter la vie jusqu’à en découvrir, peu à peu, la sève cachée. La sagesse a le goût des choses pleinement vécues.

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