Dans Terre des hommes, Antoine de Saint-Exupéry écrit : « Quand passent les canards sauvages à l’époque des migrations, ils provoquent de curieuses marées sur les territoires qu’ils dominent. Les canards domestiques, comme attirés par le grand vol triangulaire, amorcent un bond inhabile. L’appel sauvage a réveillé en eux je ne sais quel vestige sauvage. Et voilà les canards de la ferme changés pour une minute en oiseaux migrateurs. Voilà que dans cette petite tête dure où circulaient d’humbles images de mares, de vers, de poulaillers, se développent les étendues continentales, le goût des vents du large et de la géographie des mers. L’animal ignorait que sa cervelle fût assez vaste pour contenir tant de merveilles mais le voilà qui bat des ailes, méprise le grain, méprise les vers et veut devenir canard sauvage. »
Ne sommes-nous pas comme ces canards de basse-cour, enfermés dans nos conditionnements, battant des ailes sans élan véritable, à la fois oublieux et nostalgiques de notre destin d’oiseaux libres ? Nous nous souvenons que le ciel existe, mais nous retombons, parce que nous avons désappris à voler.
Il est temps de sortir de nos servitudes à ras de terre. Retrouver le goût des cimes, du vent, du long cours. Apprendre à nouveau la murmuration, la danse des oiseaux libres. Chaque matin, reprendre son envol. Apprendre à voler. Plus loin, plus haut. L’appel n’est pas extérieur. Il est en nous. Il suffit qu’un vol passe, et quelque chose se souvient, l’homme se rappelle qu’il est fait pour plus vaste que soi.
