Quand les ombres s’allongent

Quelles sont les plus belles heures du jour :  Le matin qui sort tout neuf de sa nuit ? le plein midi zénithal ? Le soir quand les ombres s’allongent ? J’aime le soir quand la lumière semble plus pleine de la journée accomplie. Et notre âge qui passe comme cette longue fin de journée, fin d’été où la chaleur se fait moins écrasante. Heure d’harmonie, de réconciliation. On sait que la fin du jour approche et on bénit l’instant. On en connaît la fin, on en sait la nuit. 

L’expérience de la vie nous l’a appris mais on veut voir encore le miracle opérer, être à la fois acteur et spectateur, s’inscrire dans le paysage et se dissoudre dans le décor. Car c’est le plus beau des décors, celui de la vie, de nos amours, de nos amis, regarder la fleur de cette fin d’été dont on connaît le destin éphémère, être cette fleur nourrie de la chaleur du jour et déjà fatiguée. Tant de souvenirs dans l’instant. Et tous les bruits du jour qui finit dans son accomplissement. 

Écoute le brin d’herbe, gorgé de soleil, le papillon près de sa fin qui a oublié la chenille. Entends les bruits alentour, les familles affairées, les enfants qui piaillent comme des oiseaux, soucieux de l’instant et pourtant insouciants, ne sachant rien de cette vie devant eux, heureux dans leur innocence, dans leur impatience. Leurs jeunes parents déjà inquiets qui craignent de voir leur oisillon tomber du nid, qui tracent des plans, en ignorant que d’autres récits s’écriront, que l’oisillon se rêvera aigle, sera vautour, coq de basse-cour ou heureux moineau sans qu’ils n’en puissent rien décider. 

Regarde, contemple les arbres comme de grands juges de paix qui vivent leur vie, étendent leurs branches à ces oiseaux, puisant, puissants, l’énergie de terre, tout emplis de leur sève, sans connaître la hache à venir du bûcheron ou la tempête. Orgueil ou sagesse de l’arbre ? Le gland qui tombe le remplacera mais l’arbre ne le sait pas. Il veut l’ignorer, continuer à croître plus près du soleil, tout à l’illusion d’atteindre le ciel. Ciel immuable et toujours changeant, éternel, terroir de l’infini, vide réceptacle de l’âme du monde. Infinie béance de l’espérance. Éternel questionnement qui remplit la réponse de lumière de cette fin du jour. Présence et promesse du lendemain.

Retrouvez l’ensemble des textes déjà parus, dans la rubrique Archives – © Jean Dumonteil

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