Le temps de nos mères comme échelle de temps

Je pense à la mère de la mère de ma mère Quand nous regardons tous ceux dont nous sommes issus, nous sommes impressionnés par l’abondance des êtres dans l’arbre généalogique, tant de branches et d’histoires qui nous précèdent, tant de rencontres. Mais si je pense seulement à la chaîne de vie qui se renouvelle d’enfantement en enfantement, jusqu’à la vie qui m’anime, c’est une autre rivière de vie qui apparaît. On compte généralement trois générations dans un siècle, soit le cycle de renouvellement de la population adulte. Alors, combien d’enfantements jusqu’à ma vie ? Combien de mère, grand-mère et aïeules maternelles ? Déjà plus d’un siècle pour mon arrière-grand-mère et si je remonte seulement deux millénaires en arrière, elles sont à peine plus de soixante femmes qui ont transmis la vie jusqu’à cette vie qui est mienne, qui est leur. 

À peine de quoi remplir un autobus en deux mille ans. Imagine et visualise cet autobus du temps qui passe, en route vers la maternité de toutes les naissances de filles et de mères. Parmi ces passagères aux courtes vies, je ne reconnais au premier rang que les plus proches de moi. Des autres passagères, je ne connais rien ou à peine, je ne sais rien des bagages qu’elles transportent et que je traîne encore aujourd’hui. Jours sombres, moments de lumière et de joie, malheurs et bonheurs secrets, rayonnantes maternités ou Mater dolorosa. La vie toujours renouvelée.

Il est bien court le chemin qui remonte à toute source. D’enfantement en enfantement, de mère en fille, jusqu’à mon petit moi qui est surtout ce long “elles“. Mères si proches qu’elles sont en moi que je ne connais pas. Écho au psaume biblique : « A tes yeux, mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit » (Ps 89,4). Elles ont porté : c’est le sens du mot gestation. Et toutes et tous, nous sommes portés par le temps.  Nous sommes si liés. Et le temps est si court jusqu’à la prochaine génération, à ce qui génère et se régénère sans cesse. Force et beauté de la vie qui va, où tout est présent, tout est donné, reçu et transmis, à la fois avant et après. 

Retrouvez l’ensemble des textes déjà parus, dans la rubrique Archives – © Jean Dumonteil

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