La grenouille au fond du puit ne connaît pas la haute mer

Nous regardons l’univers et la vie à partir de notre petite fenêtre et nous construisons la vérité, nous la réduisons, comme la grenouille du conte chinois croit que le ciel est rond et que la mer est semblable à l’eau de son puit. La vérité est toujours plus grande que l’idée que nous nous en faisons. 

Qu’est-ce que la vérité ? Quelle est la vérité du vitrail ? Un vitrail est un ensemble de morceaux de verre multicolores, assemblés par du plomb et tenus sur un châssis de métal ou de pierre. Là est la vérité objective du vitrail, sa vérité extérieure dans sa banalité grise et muette. Mais la vérité du vitrail vue de l’intérieur est tout autre : le vitrail se révèle par la lumière qui le transperce. Là est aussi la vérité de l’homme. Dans cette vérité du vitrail transfiguré par la lumière. Là est la vérité, au cœur du mystère de la vie à contempler au-delà de tout jugement, de toute glose, de tout prosélytisme. Toujours au-delà des apparences et des certitudes. Pas plus que nos définitions de Dieu, toujours trop étroites, ne peuvent l’enfermer au risque de se transformer en idolâtrie.  

Plus on cherche la vérité, plus on s’éloigne de la certitude. Par rapport à la vérité, je veux me sentir vulnérable, voir la vérité comme l’inconnu absolu qui peut me rendre libre. Échos aux mots de Jésus : « La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32). 

Dans nos parcours humains, nous faisons tous l’expérience de moments de fulgurance qui nous font comprendre que le vitrail est autre chose que du plomb et du verre. Le souvenir de cette vérité entraperçue me permet de continuer à avancer. Cette vérité éprouvée, je sais qu’elle existe. Je sais que je la retrouverai malgré la lassitude des jours, malgré la trivialité du quotidien. Elle est là, elle m’attend, cette vérité dont j’ai toujours l’intuition, que j’ai connue et que je connais et que je voudrais que tu connaisses, mon Frère, pour ne jamais désespérer. 

Comme la vérité lumineuse du vitrail, la vérité est dans la rythmique du Boléro de Ravel, dans le bleu du manteau de la Vierge de Giovanni Bellini, dans la transe du danseur, dans l’innocence du regard qui permet de vivre. Vulnérable et fragile, cette vérité sacrée n’a pas besoin de mots. Libre, ineffable, c’est la vérité du secret qui ne peut être résumé, qui ne peut même être dit. C’est la vérité qu’on reconnaît, à la fois souvenir et promesse. C’est la certitude de savoir que ce n’est pas une illusion, que c’est bien le noyau ou la graine, comme la vérité du pain partagé est totalement contenue dans le grain de blé. Alors, dans cette contemplation de la vérité, il n’y a plus rien d’écrasant. Tout est lumière.

Retrouvez l’ensemble des textes déjà parus, dans la rubrique Archives – © Jean Dumonteil.

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