Tous les silences n’ont ni la même source ni le même estuaire. Nous les confondons pourtant. Nous disons : « je ne peux pas le dire » comme si toutes impossibilités de parole se ressemblaient. Non, l’ineffable n’est pas l’indicible et les deux mots expriment des expériences de silence bien différentes.
L’ineffable est ce qui déborde. C’est la beauté qui coupe le souffle, l’amour qui excède les mots ou la présence qui ne se laisse pas enfermer. Ce n’est pas que nous manquions de langage. C’est que le langage est trop étroit. Alors le silence n’est pas une défaite. Il révèle une justesse qui ouvre à la contemplation.
L’indicible est d’une autre nature. Il peut être le poids d’une douleur, une mémoire trop lourde, ou une vérité qu’on n’ose point porter jusqu’à la parole. Ce n’est pas le trop plein de lumière. C’est même parfois un excès d’ombre, et le silence dès lors n’est plus un accomplissement. Il devient une limite.
Ne confonds pas l’ineffable et l’indicible. Tu risques de prendre l’obscurité pour du mystère ou de réduire le mystère à l’obscur. L’ineffable est ce qui nous dépasse. L’indicible, ce qui nous retient, ce qu’on ne peut nommer… mais, peut-être, un empêchement qui attend un jour d’être traversé et de trouver un ciel vers l’ineffable. Car s’il existe un silence qui manque de mots, il en est un autre qui n’en a plus besoin.
