Fais ce que voudras

Notre époque emploie les mots les plus importants dans un sens si appauvri qu’ils finissent par ne plus ouvrir aucun horizon. Ainsi du mot vouloir. Pour beaucoup de nos contemporains, vouloir signifie désirer, avoir envie, être attiré vers quelque chose. Mais dans la culture classique des humanités, vouloir relevait d’une tout autre expérience intérieure. Le vouloir n’y est pas le lieu des envies fluctuantes. Il est le lieu de la volonté.

Vouloir, c’est tenir. Se tenir debout dans l’existence, consentir à une direction, choisir, non pas ce qui attire immédiatement, mais ce qui appelle profondément. Le désir nous emporte souvent vers la dispersion quand la volonté engage l’être tout entier. C’est pourquoi les Anciens accordaient tant d’importance à la formation de la volonté. Non pour dresser l’homme, mais pour lui permettre d’habiter sa liberté autrement.

Car la liberté elle aussi a changé de sens. Aujourd’hui, nous la confondons volontiers avec la multiplication des possibles. Être libre consisterait à pouvoir tout faire, tout essayer, tout vivre. Ouvrir toutes les portes à la fois. Mais celui qui suit tous ses désirs n’est pas libre, il est seulement dispersé. Dans son acception traditionnelle, la liberté ne consiste pas à multiplier les chemins. Elle consiste à discerner celui qu’il faut suivre. Il y a là une intuition très ancienne : la vraie liberté ne naît pas de l’absence de limites, mais de l’unité intérieure.

C’est le sens profond de la célèbre devise de l’abbaye de Thélème chez François Rabelais : « Fais ce que voudras. » qui prolonge en réalité l’intuition d’Augustin d’Hippone : « Aime et fais ce que tu veux. » Bienvenue dans ce vouloir qui devient alors un devoir libérateur et fécond. 

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