Cœur et âme

Il y a quelques jours, j’ai été frappé par une expression du pape Léon XIV. Parlant de l’être humain dans sa totalité, il évoquait le corps, l’esprit et le cœur. Le cœur. Pas l’âme. Le mot “âme“ m’a toujours inspiré mais le cœur possède une puissance particulière. Peut-être parce qu’il n’est pas seulement une abstraction. Il est là, dans notre poitrine. Il bat. Nous pouvons le sentir. Il s’accélère, s’apaise, parfois s’affole. Il est à la fois un organe et bien davantage qu’un organe.

Le cœur est notre flamme intérieure. Notre petit réacteur nucléaire. Celui qui, sans bruit et sans repos, entretient la vie en nous. Rien de commun avec un sentimentalisme fleur bleue de cœur d’artichaut. Dans la tradition biblique, le cœur n’est pas seulement le siège des sentiments. Il est le centre de l’être. On pense avec son cœur, on discerne avec son cœur, on décide avec son cœur. Intelligence, volonté, désir, intuition ne sont pas encore séparés en facultés distinctes. Tout converge vers ce centre invisible que nous pouvons sentir battre.

J’aime penser le cœur comme notre sixième sens qui transforme les perceptions en présence. Il ne nous renseigne pas seulement sur le monde : il nous permet d’y prendre part. Notre langue en conserve magnifiquement la trace. Avoir du cœur à l’ouvrage. Prendre quelque chose à cœur. Parler à cœur ouvert. Retrouver du cœur. Et surtout avoir du courage : ce mot qui porte encore en lui le cor, le cœur latin. Le courage n’est peut-être rien d’autre, au fond, que la capacité de laisser son cœur nous mettre debout. Car nous ne sommes pas seulement vivants parce que notre cœur bat. Nous sommes pleinement vivants lorsque ce qui nous anime fait battre notre cœur.

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