L’idolâtrie :
un cœur pétrifié,
un souffle qui se referme,
le mystère réduit à possession.
L’idolâtrie enferme le trésor
dans la cage étroite de nos habitudes,
s’approprie ce qui ne nous appartient pas,
ce qui ne peut être contenu
sans cesser d’être lumineux.
Elle veut tenir sous clé
ce qui n’existe que dans l’ouverture. Infinie.
C’est la vieille tentation de maîtriser,
de croire que le Nom nous donne prise,
que l’on peut serrer dans une parole
celui qui se dit seulement
dans la brise légère
et dans la nuit où toute image tombe.
L’idolâtrie,
c’est vouloir enfermer l’océan dans un bocal,
prélever un échantillon d’immensité
pour se rassurer d’avoir encore un Dieu domestiqué.
Elle est mesquine dans sa peur,
orgueilleuse dans sa certitude,
paresseuse dans ses fidélités trop tranquilles.
Elle confond la paix
avec la tiédeur des jours,
la fidélité
avec la répétition sans âme.
Elle nous attache, comme une chèvre à son pieu,
à ce que nous connaissons déjà,
quand l’appel de Dieu
résonne toujours du côté de l’inconnu.
Alors il faut consentir
à être dérangé,
déplacé,
déménagé intérieurement.
Laisser l’ange retournant la terre de notre cœur.
Entendre l’appel : « Va, quitte Ur. »
Entendre l’appel encore : « Va, il vous précède en Galilée. »
Toujours devant,
dans ce pays que nous n’avons pas encore traversé.
Dans ce qui échappe.
Dans le pas en avant.
Dans l’infini qui recommence.
Illustration : Marine (légèrement nuageuse), huile sur toile, Gerhard Richter. Splendide rétrospective de son œuvre, jusqu’au 2 mars 2026, à la Fondation Vuitton à Paris.
