Entre l’âme et le mental 

Là où les Anciens nous ont appris l’homme comme corps, esprit et âme, nos contemporains ne logent plus que le corps et le mental.
Un mental qui s’entraîne, s’exerce comme le corps pour être plus résistant, efficace, productif.
Le mental dont on fait des champions, les gagnants des compétitions auxquelles on voudrait résumer nos vies.

Le mental est à l’âme ce que la salle de sport est à la cathédrale : une myopie de l’existence. Un système clos, un mental d’acier où se forgent les barreaux de nos aliénations, dôme de fer qui exile l’infini.
Le mental est psychologique, quand l’âme est invitation au sacré : à la vie qui ne passe pas, qui nous dépasse, qui nous extrait de nos minables individualités.
On contrôle son mental. On ignore l’âme.
Toujours ouverte, l’âme nous lie et nous relie au Tout autre.

L’âme, parce que la vie humaine est plus grande que son apparente finitude.
L’âme comme un déjà-là de l’éternité, l’impalpable toujours-là qui n’attend que notre reconnaissance.
Réception, symphonie, musique angélique qui murmure que l’éternité c’est maintenant, si nous voulons bien la laisser advenir.

Invisible comme l’Autre que nous espérons, l’âme est la boussole : aiguille magnétique qui indique toujours le bien et le beau, au-delà de nos errements.
Il suffit de changer de plan, d’entrer dans le réel infini, pour comprendre que la vie est plus vaste, plus belle, plus lumineuse que tous les exercices comptables du mental.

L’âme relie à nos frères présents, passés, à venir, et à l’Ultime Réel, l’altissimus qui se révèle dans le plus petit, le plus secret, le plus vrai de la vie qui jaillit — si nous savons le contempler, le rencontrer, nous laisser émerveiller.

Se taire.
Se déshabituer.
Se désencombrer.
Entrer dans la vie de l’âme.
Et en prendre soin.

Un avis sur « Entre l’âme et le mental  »

  1. Mon BAF Jean,

    Pour la première fois, je suis en désaccord, non avec le fonds de ta chronique, mais avec la terminologie que tu utilises : d’entrée, tu énonces la nature tripartite de l’être humain comme étant « corps, esprit et âme », soit une inversion des deux derniers termes par rapport à l’approche traditionnelle, qui est « corps, âme, esprit », l’ordre allant du plus matériel au plus spirituel.

    D’où une confusion entre esprit et mental que, fort heureusement, le titre et la suite de ta chronique contredisent. En effet, les Anciens chez les Latins distinguaient mens, le mental, de spiritus (d’où vient notre verbe respirer), l’esprit, tout comme le faisaient avant eux les Grecs avec psuchê et pneuma, ou, encore avant eux, les Hébreux avec nephesh (mot qui vient du verbe naphash, se reposer, souffler), qui est l’âme physiologique et ruax, le souffle divin planant sur la face des eaux dans Genèse 1, 2 ou neshamah, celui que le Créateur insuffla dans les narines de l’Humain dans Genèse 2, 7.

    Passant du ternaire au quaternaire, on pourrait donc décrire la structure humaine comme étant « corps, mental, âme, esprit », encore faudrait-il doter le dernier terme d’une capitale, l’Esprit (justement pour éviter la confusion fréquente entre mental et Esprit. Confer Jean 4, 24.).

    Du coup, ce que tu décris comme étant des qualités de l’âme, c’est plutôt celles de l’Esprit.

    En particulier, tu dis de l’âme qu’elle est « l’aiguille magnétique qui indique toujours le bien et le beau ». Or l’âme (en tant que psuchê) est le siège des passions, le moi, et elle est donc sujette, au contraire, aux errements : c’est elle qui choisit en permanence entre le bien et le mal ; lorsqu’elle choisit le bien, elle s’élève, et, lorsqu’elle choisit le mal, elle s’abaisse et s’affaiblit, parfois jusqu’à devenir ce que Gogol appelait une “âme morte”, tandis que l’Esprit, le Soi, d’essence divine, est immarcescible, infini et immortel.

    L’altissimus latin est effectivement ce qu’il y a de plus haut, d’où le Très-Haut, avec son trait d’union signant ce superlatif.

    Bien à toi, fr@t.

    BBB FFFr@t@l@in

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