Le beau d’abord

« Prenez soin du beau, et l’utile prendra soin de lui-même. »
Goethe

Nous avons pris l’habitude de commencer par l’utile. Il faut que cela serve, que cela fonctionne, que cela produise. Alors seulement, si le temps le permet,
on ajoutera un peu de beau —comme une finition décorative, un luxe plus ou moins discret, une concession.

Mais peut-être avons-nous inversé l’ordre. À la différence du décor placé en fond de scène, le beau n’est pas ce qui vient après. Il est ce qui met en ordre. Le beau n’est pas décoratif : il est génératif. Là où il est présent, quelque chose s’ajuste sans effort. Alors, l’utile cesse d’être une contrainte et devient une conséquence.

À force de ne rechercher que l’efficacité, nous avons parfois produit des mondes sans âme, des vies sans respiration. Et si nous commencions autrement ? Si nous revenions à l’essentiel : prendre soin du beau, ce n’est pas embellir la surface. C’est accorder notre regard, notre attention, notre manière d’habiter le monde.

Le beau ne s’impose pas. Il se reconnaît. Il est déjà là, dans la justesse d’une lumière, dans la simplicité d’un geste – le beau geste –, dans le son d’un accord parfait ou dans le silence qui relie. Peut-être suffit-il de cela. Prendre soin du beau. Et laisser le reste advenir. Le beau d’abord.

Illustration : la grande rosace de la cathédrale de Bourges.

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