Savez-vous que les couleurs n’existent pas en dehors de l’œil qui les voit ? Rien de mystique dans cette affirmation mais une réalité physique : il n’y a dans notre monde que des longueurs d’onde. Il n’y a pas de rouge dans la rose. Il n’y a pas de bleu dans le ciel. Il n’y a, dans le monde, que des ondes silencieuses, des vibrations sans éclat. La couleur naît lorsque l’œil s’ouvre.
Ce que nous appelons « rouge » est une rencontre. Ce que nous appelons « lumière » est une relation. Le monde ne se contente pas d’exister : il advient. Les couleurs n’existent pas en dehors de l’œil qui les voit. Non parce que tout serait illusion, mais parce que la couleur naît d’une relation. Le rouge n’est pas « dans » la rose ; il est dans la rencontre entre la lumière, la matière et l’œil vivant.
En écho à ce constat, me revient l’affirmation du célèbre Maître Eckhart : « L’œil par lequel je vois Dieu est le même œil par lequel Dieu me voit. » Cette phrase ne parle pas d’un face-à-face ; elle parle d’un point unique, d’une source commune, d’un lieu sans distance, d’une rencontre.
De même que quand l’œil se ferme, les couleurs disparaissent, il fait toujours nuit pour celui qui garde les yeux clos. La lumière est pourtant là, dans la simplicité de l’œil, dans la rencontre. Elle n’est pas ailleurs. Peut-être avons-nous seulement oublié d’ouvrir l’œil à cette relation si simple, si lumineuse, à la fois si humaine et déjà divine.
