Comme des fleurs

« Je me porte comme une fleur. » Curieuse expression. Elle semble célébrer la santé, l’éclat, la vigueur. On l’emploie pour dire qu’on va bien. Mais elle dit davantage, si l’on s’y arrête. Car rien n’est plus fragile qu’une fleur.

Une fleur ne dure pas. Elle s’ouvre, elle tremble, elle s’offre — et déjà elle se défait. Elle ne possède pas sa beauté. Elle la donne.

Nous nous portons comme des fleurs, du moins lorsque nous acceptons d’être exposés. Tant d’êtres humains vivent sous serre, à l’abri du vent, protégés des saisons. Ils survivent peut-être, mais ils ne tiennent pas la promesse des fleurs.

Se savoir fleur, c’est consentir à la précarité. Accepter que l’éclosion porte en elle le faner. Comprendre que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais la condition même de la beauté. Mais peut-être la fleur dit-elle plus encore. Sa brièveté ne signifie pas seulement la mort. Elle rend l’instant dense.

L’infini ne s’oppose pas à l’éphémère. Il n’est pas ailleurs, dans un temps interminable. Il affleure dans l’intensité d’un moment habité.

Une fleur artificielle dure plus longtemps qu’une rose fraîchement coupée. Mais elle ne dit rien. Elle ne tremble pas. Elle ne respire pas. Elle ne meurt pas — et c’est pour cela qu’elle ne révèle rien.

La fragilité est ouverture. Ce qui peut se briser peut aimer. Ce qui peut disparaître peut s’offrir. La fleur n’est pas éternelle. Elle est infiniment offerte.

Et peut-être en va-t-il de même de nos vies. Nous ne sommes pas appelés à durer sans fin, mais à nous ouvrir sans réserve. À laisser passer, dans la brièveté de nos jours, ce qui nous dépasse.

Se porter comme une fleur, ce serait alors cela :
habiter sa finitude sans la redouter,
consentir à sa saison,
et, dans le battement même de la vie, simplement éclore.

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