Les deux mains

Toujours deux mains. La main qui donne et la main qui reçoit. La main qui s’abaisse vers la terre et celle qui s’ouvre vers le ciel.

Dans les tableaux de la Renaissance, rien n’est laissé au hasard. Dans la célèbre cène, le Christ de Léonard pose la main droite sur la table, comme pour bénir la matière quand l’autre s’ouvre, paume offerte à l’invisible. Dans la Pietà de Michel-Ange, la mère ne retient pas : sa main gauche accueille et présente, tandis que le corps livré laisse lui aussi sa paume gauche tournée vers le haut, ouverte dans la mort même. Et sur le plafond de la Sixtine, entre les deux doigts qui vont s’effleurer, tout l’univers retient son souffle. La main droite de Dieu s’élance, et la gauche de l’homme consent. La vie circule.

Toujours les deux mains. La droite qui agit, construit, tranche, bénit. La gauche qui accueille, écoute, consent. L’une serait violence sans l’autre. L’autre serait inertie sans l’une. Chaîne d’union. Nous croyons donner. Nous ne faisons que transmettre. Nous croyons recevoir. Nous ne faisons qu’entrer dans un courant plus vaste. La main gauche offerte et la droite qui prend ne sont pas deux gestes opposés.

Peut-être la sagesse tient-elle à cela : ne jamais garder les deux mains pour soi. En laisser toujours une vers la terre — pour aimer, travailler, consoler. Et l’autre vers le ciel — pour ne pas oublier d’où vient la lumière. Car entre la main qui donne et la main qui reçoit il n’y a pas seulement un échange. Il y a le mystère qui nous traverse
et que certains appellent grâce, d’autres fraternité, d’autres encore simplement vie.

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