Carl Gustav Jung parlait de deux versants de la vie, comme on parlerait de deux pentes d’une même montagne. Il y a un temps pour gravir, pour s’affirmer, pour s’inscrire dans le monde, bâtir une œuvre, tenir un nom, porter un visage. Ce premier âge est nécessaire : il forge le moi, lui donne consistance, l’expose à la lumière du jour. Mais vient un moment — souvent mal compris, parfois redouté — où la vie appelle à un retournement.
Ce qui semblait alors ascension devient descente, non vers le bas, mais vers le dedans. Ce n’est pas un renoncement, c’est une initiation. La vie ne demande plus d’ajouter, mais de consentir. Elle ne cherche plus la performance, mais la vérité. Jung disait que vouloir vivre la seconde moitié de l’existence avec les valeurs de la première était l’une des grandes illusions modernes. Il faut apprendre un autre langage, quitter la surface pour la source, accepter de rencontrer l’ombre pour que la lumière cesse d’être factice.
Commence alors un autre travail, plus secret. Non plus construire sa vie comme un édifice visible, mais l’habiter comme un temple intérieur. Ce passage n’est pas réservé à l’âge, mais à la disponibilité de l’âme. Il ne promet ni succès ni reconnaissance, mais une justesse plus profonde. La vie cesse d’être une ascension inquiète ; elle devient un passage, une veille, une présence consentie — comme si l’essentiel avait toujours été là, attendant que nous soyons assez silencieux pour l’accueillir.
Apprendre enfin à demeurer.
