Sans regret ni remords

Il y a deux sortes de regret.
D’abord le regret des mille vies qu’on n’a pas eues, tant de carrefours où l’on a pris un embranchement plutôt qu’un autre. Regret éphémère car, en vieillissant, on prend conscience qu’il n’y a qu’une route de la vie, faite de choix, de hasard — de providence diront certains, de destin ou de fatalité. Courage de la volonté : j’aime mieux avoir des souvenirs que des regrets et, comme dit la chanson, “on ne fait pas le chemin à l’envers“.

Et puis il y a le regret qui vous prend aux tripes, qui vous mord le ventre, qui devient remords, conscience d’avoir mal agi. Remords qu’on voudrait effacer, transformer en “repentance“, mot magnifique qui indique les corrections que le peintre apporte à sa toile. Dans la vie, il n’y aura pas de repeint. Là encore, “on ne fait pas le chemin à l’envers“. Et surtout, on ne construit rien sur le remords. Peut-être peut-on rebâtir à partir du pardon, mais il s’agit là plutôt d’accueillir le pardon que de le donner. D’ailleurs, nos vieilles mœurs n’apprenaient-elles pas aux enfants qu’on ne dit pas “je m’excuse“ mais “veuillez m’excuser“ ?

Finalement, le regret de soi n’est pas très intéressant. Les seuls vrais regrets qui pavent notre vie sont associés à ceux qui ne sont plus là, que nous avons aimés et qui nous ont aimés. Eux seuls méritent notre regret. 

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