Là où les Anciens nous ont appris l’homme comme corps, esprit et âme, nos contemporains ne logent plus que le corps et le mental.
Un mental qui s’entraîne, s’exerce comme le corps pour être plus résistant, efficace, productif.
Le mental dont on fait des champions, les gagnants des compétitions auxquelles on voudrait résumer nos vies.
Le mental est à l’âme ce que la salle de sport est à la cathédrale : une myopie de l’existence. Un système clos, un mental d’acier où se forgent les barreaux de nos aliénations, dôme de fer qui exile l’infini.
Le mental est psychologique, quand l’âme est invitation au sacré : à la vie qui ne passe pas, qui nous dépasse, qui nous extrait de nos minables individualités.
On contrôle son mental. On ignore l’âme.
Toujours ouverte, l’âme nous lie et nous relie au Tout autre.
L’âme, parce que la vie humaine est plus grande que son apparente finitude.
L’âme comme un déjà-là de l’éternité, l’impalpable toujours-là qui n’attend que notre reconnaissance.
Réception, symphonie, musique angélique qui murmure que l’éternité c’est maintenant, si nous voulons bien la laisser advenir.
Invisible comme l’Autre que nous espérons, l’âme est la boussole : aiguille magnétique qui indique toujours le bien et le beau, au-delà de nos errements.
Il suffit de changer de plan, d’entrer dans le réel infini, pour comprendre que la vie est plus vaste, plus belle, plus lumineuse que tous les exercices comptables du mental.
L’âme relie à nos frères présents, passés, à venir, et à l’Ultime Réel, l’altissimus qui se révèle dans le plus petit, le plus secret, le plus vrai de la vie qui jaillit — si nous savons le contempler, le rencontrer, nous laisser émerveiller.
Se taire.
Se déshabituer.
Se désencombrer.
Entrer dans la vie de l’âme.
Et en prendre soin.
