Joie de la confiance, joie de la rencontre

La joie est, tour à tour, comme les quatre éléments : légère comme l’air, fluide comme l’eau, lumineuse et brûlante comme le feu, profonde et solide comme la terre. « Joie, joie, pleurs de joie », c’est le grand feu pascalien — ces mots qui ouvrent le texte que l’on appelle le Mémorial de Blaise Pascal, retrouvé après sa mort dans la doublure de son manteau. On imagine un grand feu, buisson ardent ou feu de joie. Serait-ce cela, la joie ? Certes, mais il est des joies moins flamboyantes, moins mystiques. Comme le feu est aussi dans la braise qu’on entretient, la joie connaît toutes les intensités — mais elle est toujours plénitude. Il n’y a pas de demi-joie.

L’homme méfiant ne peut pas être dans la joie ; le soupçon ne connaît pas la joie. La joie est-elle réservée aux instants exceptionnels — à la victoire du champion, à l’Eurêka du chercheur, à l’accomplissement de l’artiste, aux moments où l’homme se surpasse ? Ou bien peut-elle devenir notre état ordinaire ? C’est la même question que l’on se pose à propos de l’expérience spirituelle. Ainsi, le sentiment océanique décrit par Romain Rolland ne serait-il réservé qu’à quelques instants d’extase, de plénitude, avant de s’évanouir ? Ou peut-il nous habiter au long des jours ? La réponse tient peut-être à notre propre disposition intérieure : il ne tient qu’à nous de nous situer dans cette plénitude, de l’accueillir, d’y demeurer. Il en est de même pour la joie.

Car si la joie est toujours reçue, elle est aussi un don qui se partage, à condition d’en reconnaître les signes. Joie de l’amitié. Joie du lien au réel, qui trouve son acmé dans l’attention à mon Frère. La joie est toujours communicative, et l’on ne trouve sa joie véritablement que dans celle de l’autre. La joie est une œuvre, toujours une alchimie. D’ailleurs, en alchimie, on parle de « la joie des philosophes » celle de la pierre parvenue au blanc parfait. Toute joie est rencontre. Même la joie mystique, qui peut sembler la plus solitaire, est toujours rencontre avec plus grand que soi.

Illustration : La joie de Virginie tracée sur le sable ©Radio France – Elise Andrieu

Laisser un commentaire