J’attendrai. L’attente, c’est la vie, la vraie, la belle, la pleine vie, permanent mûrissement, le contraire du « tout, tout de suite », pauvre fantasme qui trépigne dans notre modernité tardive. Patience, persévérance sont les mots de l’attente, tout comme gestation et germination, ou bien encore veille et contemplation. L’attente va avec l’espérance, la confiance et l’amour. L’attente, c’est toujours la conscience du « pas encore » et la certitude enfouie du « toujours déjà là ».
J’attendrai. Pas comme on attend l’autobus. Attente-attention, dis-tu. Assurément tension. On peut attendre dans l’excitation, l’exaltation de l’avènement mais on attend sûrement mieux en souriant dans le silence, comme dans un secret impossible encore à dévoiler. Rien de moins passif que l’attente. Espérance, mais aussi confiance et bien sûr amour. On n’attend pas sans amour. Amour de la vie, de l’être aimé ou des vendanges prochaines. Aucune bigoterie dans ce ternaire des vertus théologales. Sur la trame de ses jours, Pénélope, figure immarcescible de l’attente, défait chaque soir son ouvrage pour apprivoiser le temps, prolonger l’attente d’amour, tisser toujours le fil qu’aucune parque ne viendra rompre.
J’attendrai. Pour voir advenir, les saisons, les naissances, les retours et la grande rencontre qu’est l’inconnu d’après. L’attente dans le secret du cœur, l’attente qui sait se taire, qui sait craindre. Craindre, non pas dans l’expression d’une peur mais dans le respect de l’essentiel, dans la fragilité de l’émergence et sous l’ombre déjà évanescente. Comme le veilleur attend l’aurore. Comme la chenille dit le papillon. Éclosion.
