En raccommodage permanent

Réparer n’est jamais effacer, c’est d’abord tenter de remettre en état de marche ou de compenser des torts, d’essayer de dédommager ou de surmonter un échec. À qui demander réparation ? Peut-on tout réparer, réparer un oubli, une offense ou pire crime ? Tout réparer, comment ? Et même réparer son honneur… Toujours, il s’agit de recoudre nos vies fragiles, nos déchirures, comme dans un raccommodage permanent.

Alors, célébrons la réparation. Ne tentons pas d’effacer ni de cacher ce qui s’est produit. Dans la culture japonaise, on met même en évidence les traces de la réparation sur le bol dont on a recollé les morceaux. Pour rester conscient de la réparation, en garder la trace comme d’un accident de la vie de l’objet. Pareillement, avant la survenue de l’économie jetable, on savait réparer le tissu taché ou déchiré ; une nouvelle broderie venait parer à nouveaux frais le vêtement d’une décoration qui n’était pas initialement prévue. 

La réparation devient alors création, réinvention, car réparer n’est jamais un retour à l’état initial. Beauté du geste de réparation. Qu’a-t-on réparé dans cette réparation ? L’objet, l’acte ou bien le réparateur lui-même, l’artisan qui est davantage qu’un habile bricoleur. Soyons donc cordonniers, ravaudeurs, rétameurs et réparateurs de porcelaine, de nos vies à sans cesse réparer, réinventer, régénérer dans un continuel accomplissement. 

Et puis acceptons ce qui ne peut pas être réparé, accueillons notre impuissance devant l’accident, la survenue du malheur. Tenons-nous là, simplement là, devant la béance ou l’absence de ce qui ne sera jamais réparé. Et cherchons assez de force réparatrice pour faire face aux ciseaux de la Parque.

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