Restituer pour transmettre

Le double sens du verbe “restituer“ lui procure une sorte de gravité : il agit d’abord de rendre ce qui ne nous appartient pas, ce que nous avons reçu ; ensuite, il s’agit de remettre la chose dans son éclat originel. Tout ce que nous possédons nous a été donné, par les générations qui nous ont précédés, par la nature – la vie elle-même, tout est don  et le plus haut devoir de l’homme se trouve dans la restitution. Quel programme ! Mais restituer n’est pas seulement rendre en l’état ce que nous avons entre les mains comme le voleur restituerait un objet dérobé à son propriétaire. Il ne s’agit pas non plus de recréer par fantasme ce qui n’existerait plus.

Comment restituer à nos frères les trésors de sagesse qui nous ont été transmis sans les déformer, sans dégrader le trésor ? Restituer, c’est tenter d’extraire la pierre précieuse de la gangue des sédiments qui lui ont fait perdre son éclat. Dans ce travail de restitution, on est un peu comme le restaurateur d’un tableau qui supprime patiemment les couches de vernis qui altèrent l’éclat de l’image, ou comme l’archéologue qui montre l’œuvre dans son état premier malgré les assauts du temps, et en restitue au moins les traces en les plaçant dans leur contexte.

Le patient travail de restitution, c’est d’abord pour soi-même qu’il faut l’exécuter, pour prendre pleinement conscience de la valeur du trésor que nous avons en dépôt. Et c’est dans le partage avec les autres que la restitution s’accomplira totalement et se révèlera, contre tous les replis d’avarice, dans une nouvelle dimension qui appelle multiplication et abondance. La restitution est le miroir du don. 

2 commentaires sur « Restituer pour transmettre »

  1. La propriété est une invention de l’animal humain, probablement issue d’un instinct visant à défendre son territoire et à assurer la transmission de ses gènes.

    Le verbe restituer s’accorde avec les notions de possession et de propriété.
    On pourrait voir, dans la naissance et la mort, le don puis la restitution de la vie. Pourtant, une autre vision existe : à l’opposé de l’idée d’un emprunt devant être restitué, nous pouvons percevoir que nous sommes une partie de la Vie, avec un grand V — celle qui est, parce que nous avons été, sommes et serons ceux par qui elle s’exprime.

    Or, restituer s’accorde peu avec exprimer, qui signifie « extérioriser ce qui est à l’intérieur ».

    Certaines choses se multiplient en se partageant, comme les idées ou la joie, tandis que d’autres se divisent dans le partage — ce qui est souvent le cas dans notre monde matérialiste.

    D’autres encore se créent en se partageant, la spiritualité par exemple, alors que certaines ne sont données que parce qu’elles ont été reçues et doivent être restituées semblables.

    Dans les hautes sphères de la pensée et de l’action, rien n’est véritablement restitué, car toute pierre taillée peut trouver sa place dans l’édifice en devenir.

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  2. Il existe une antique tradition déjà inscrite dans le code d’Hammourabi de la restitution périodique des dettes et reprise par les Hébreux avec tous les 7 ans l’effacement des dettes et aussi la mise en repos de la terre. Une façon de remettre les compteurs à zéro. Notre dette notamment au regard de notre environnement est bien là à prendre en compte avec un arriéré important. C’est de notre responsabilité que de la restituer mieux que nous l’avons reçue si nous voulons pouvoir vivre ensemble égaux et différents. Mais le chemin va être difficile… Cependant avons-nous d’autres choix ? Merci Jean.

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