Des cinq sens, on célèbre souvent prioritairement la vue et l’ouïe. Pourtant, le toucher est le fondement de tous les autres sens, « l’essence du sensible » comme le disait déjà Thomas d’Aquin. Des animaux entendent, voient et sentent bien mieux que les humains, mais la sensibilité tactile est beaucoup plus développée chez les humains. Certaines victimes du Covid-19 avaient perdu le goût et l’odorat pendant quelques semaines, mais avons-nous réalisé que la pandémie nous avait tous privés provisoirement d’une dimension essentielle de notre vie sensible et de notre communication ? Nous étions empêchés de toucher les autres, d’entrer en contact physique avec nos frères humains.
Simplicité du toucher, de la poignée de main, de l’embrassade, de la caresse. Tout se passe à fleur de peau dans le contact charnel. Nos vies sont pleinement tactiles, incarnées. Le toucher est le sens de l’amour, pas seulement d’Éros mais aussi d’Agapè, cet amour exempt de tout désir de possession, quand le geste transmet mieux que le mot la chaleur de la bienveillance. Dans ta main délicatement posée sur mon bras, silencieusement, je reconnais ce qu’on appelle le tact : à la fois toucher et intuition qui nous permet d’apprécier ce qu’il convient de dire, de faire ou de ne pas faire.
Tout ce qui nous touche s’exprime dans la commune vibration. Et quand la communication se fait communion, la dimension physique est sublimée. Notre destin est de toucher au divin. Vous a-t-on dit que les bébés serrent leurs poings alors que les vieillards ouvrent grand leurs mains à l’heure de la mort ? Comme eux, je voudrais toucher les étoiles.
