La grande pitié des églises de France

L’arbre de la restauration réussie de Notre-Dame ne doit pas cacher la forêt de la misère des églises de France. La grande majorité des églises sont mal entretenues et surtout souffrent d’un entretien irrégulier. Le débat, voire la polémique, dans la France laïque du XXIe siècle n’oppose plus cléricaux et anticléricaux. Il porte sur les budgets de restauration et la protection des œuvres, sur les conditions d’utilisation des églises. J’ai décrit par ailleurs plus longuement cette évolution.

Comme il y a en France des déserts médicaux, il y a des déserts religieux. Ici, ce ne sont pas les médecins qui ont disparu mais les curés qui étaient en charge depuis des millénaires de la santé des âmes. La chute de l’affiliation religieuse ne doit pas être assimilée à un effondrement de l’aspiration spirituelle qui est une dimension essentielle de l’être humain. Les églises de France constituent une immense bibliothèque spirituelle mais nous sommes devenus des illettrés et devons réapprendre ensemble à lire, et surtout apprendre à écrire le récit d’une nouvelle aventure de la vie retrouvée dans toutes ses dimensions. 

La situation des églises de France témoigne d’un passé qui ne passe pas, d’un présent fragile, complexe et d’un futur qui appelle une fidélité à ce patrimoine. Signe et trace. La trace, pierre vivante ou pierre morte que la vie a quitté mais qui reste encore visible ou quelque chose à suivre à la trace, qui montre une piste, un chemin ? Une empreinte du sacré ? Quelque chose qui vient de loin. Dans le dernier texte qu’il a écrit, Antoine de Saint-Exupéry lançait un appel qu’il nous faut entendre aujourd’hui, plus que jamais : « il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. On ne peut vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous. »

Un avis sur « La grande pitié des églises de France »

  1. L’église comme patrimoine. Un héritage qui vient de nos pères (pater) et qui nous ancre non seulement dans un territoire à la manière d’un amer, mais aussi dans une communauté concrète par delà ses vicissitudes dans une reliance qui fait sens. Elle a d’autant plus sens qu’elle évoque une autre reliance avec son clocher. L’église de l’autre côté de ma rue a été construite au XIIème siècle et est bien sur inscrite à l’inventaire de MH. Faute de moyens pour assurer sa consolidation, une délibération a été proposée au conseil municipal en vue de sa destruction ! C’est aussi un lieu qui sert aux concerts par exemple avec une accoustique que ne vaut pas la salle de sport… Merci Jean

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