Et si on remplaçait le mot « efficacité » par « fécondité » ? Tout changerait. L’efficacité a partie liée avec la production quand la fécondité nous parle de la vie. L’efficacité est un mot de notre époque productiviste, un terme pour manuel de management et école de commerce. L’efficacité est partout dans les courbes de rendement qui ignore le don et le contre-don. On peut même mesurer la qualité de l’efficacité quand elle devient l’efficience, nouveau mantra des gestionnaires qui promeuvent la capacité à fournir le maximum de résultat avec une économie de moyens. Avec l’efficacité, tout est devenu calcul.
Désormais appliquée à la production humaine, l’efficacité devrait pourtant n’être réservée qu’aux robots et aux machines-outils. Bien sûr, il y a des actions humaines efficaces mais leur objectif semble toujours trop court. Comme une sorte d’autosatisfaction, une fois le but atteint, de contentement de soi Comme si cette efficacité se suffisait à elle-même, devenait son propre objectif et son propre effet. Fascination de l’homme moderne pour cette efficacité supposée. Dérisoire tentation de toute puissance quand elle n’est qu’un manque abyssal. Notre destin d’homme et de femme n’est pas d’être efficace mais d’être fécond.
Peut-on dire d’une vie qu’elle a été efficace ? Assurément pas. En revanche, on sait bien reconnaître les vies fécondantes. Dans nos travaux quotidiens ou dans la construction de nos projets. Fécondité de nos rencontres et des échanges entre les humains. On peut avoir une vie sociale féconde mais certainement pas efficace, sauf à sombrer dans un cynisme absolu et hélas pas toujours conscient. Fécondité de nos vies intérieures, de la recherche de la beauté. Est fécond ce qui engendre et inspire. Un artiste n’est jamais efficace, il est créateur quand il fait naître en nous un regard nouveau sur des horizons insoupçonnés. Je préfèrerai toujours la fécondité à l’efficacité.
