En exil. Comme un manque, une absence. En exil de quoi ? D’un paradis perdu, d’une terre promise ? L’exil suppose un retour, au moins rêvé. Pas d’installation définitive. L’exilé ne plante pas d’arbres pour les générations futures. L’exilé se souvient.
En exil de soi ? Peut-être faut-il accepter des exils volontaires, les espérer et les susciter pour ne pas se satisfaire du mol assoupissement des jours, pour comprendre et savoir que nous resterons nomades, éternellement de passage. Se savoir en exil de soi dans la distance qui interdit l’hubris. Comme un assèchement, une ascèse salutaire, le renoncement à l’embourgeoisement satisfait, .
Jamais installé, jamais arrivé. Et dans l’exil ne garder que la patrie du cœur, celle de l’amour. En écho aux mots de Simone Weill : « Aimer un étranger comme soi-même implique comme contrepartie : s’aimer soi-même comme un étranger. » Dans le proche et le lointain. En partance vers l’horizon jamais atteint mais toujours dépassé.
Tous les exilés, les expatriés, les migrants, se savent en exil de sensations familières, du rythme des saisons, de l’odeur d’une cuisine, de la musique d’une langue. Et pourtant tous reconnaissent le même, le toujours-là des émotions universelles, des mêmes inquiétudes des mères sous toutes latitudes, du même besoin de commerces et de rencontres qui font nos vies uniques et semblables. Dans le ciel de nuit de l’exil, les étoiles ont changé d’adresse mais le mystère demeure. Entier. Où que l’on se trouve, où que l’on se perde.
