Presque-là, toujours sur le qui-vive

Le presque resté sur le seuil qui ne sera pas franchi. 

Le presque de ce qu’on ne peut circonscrire ni enfermer dans les certitudes. L’insaisissable, l’entrevu. Le jamais atteint. Comme une trace, une nostalgie d’un jadis absolu. Comme une espérance.

Le presque comme des points de suspension. Trois points c’est tout. Quand il n’y aurait rien à ajouter sauf à rompre le charme, à être péremptoire, dans la bêtise à front de taureau. 

Le presque comme une paix ou une joie qui ne peuvent s’installer dans le confort paresseux du point final, du couvercle qui remiserait nos belles et tendres interrogations. 

Le presque comme une apostrophe, un fragile signe qui fait liaison. Seulement liaison sans devenir glue. Le presque aussi difficile à définir que le mot âme.

Le presque de la nuance qui approche, qui affleure, qui révèle la fragilité de toute vie, qui empêche l’absurde, qui donne sens et exorcise le néant.

Le presque, toujours sur le qui-vive, à la recherche du point d’équilibre, entre le presque rien et le presque tout qui résume l’essentiel du mystère de toute chose. Douceur et pudeur du presque.

Il faut aimer ce presque, oser un presque. Le contraire du bruit, du tonitruant. Ce presque qui émerge du silence. Il faudra en accepter la résignation, pas la frustration mais plutôt l’émerveillement. Le presque va avec la contemplation, une consolation qui nous fait humain, pleinement humain. Je te connais. Non je te connais presque. De ce que je sais de toi, de ce que tu connais de toi. Tu es le proche. Proche est le presque, dans la proximité qui empêche l’accaparement. 

Le presque de l’horizon que jamais on ne touche.  

Le presque de Moïse qui n’atteint pas sa terre promise. Qui tiendra la promesse ? Mieux que toute victoire, mieux que tous les Everest des conquêtes provisoires et illusoires. 

Le presque comme une danse, une souplesse, une légèreté d’allégresse, débarrassée de de toute aliénation. Liberté du presque. 

Le presque davantage évocation que définition. 

Le presque toujours allusif.

Le presque qui nous dit qu’aucun fossé ne sera comblé.

Le presque qui danse avec le peut-être de ce qui n’est pas encore advenu. Capacité, potentialité et puissance de ces presque et de ces peut-être, non comme un lâche relativisme mais comme la force de la confiance.

Le presque au goût d’inachevé parce que toujours en commencement. Presque, sans fin, toujours le non fini, l’in-fini.

Et puis, le presque comme une tangente. L’accepter et prendre la tangente dans l’art du presque. 

Un avis sur « Presque-là, toujours sur le qui-vive »

  1. Magnifique pensée partagée sur ce presque qui illustre merveilleusement l’instabilité intrinsèque à toute forme de vie.
    Dans ce presque, il y a ces multiples rebonds qui n’existeraient pas si le presque devenait l’atteint. Dans ce cas le monde serait stérile, stabilisé pour l’éternité, à tout jamais figé dans un idéal abouti.
    Sommes-nous nés d’un ParfaiT ? D’un absoLu cassé, comme sorti d’un œuf primordial, plus radieux que jamais ?
    Nous sommes animés d’une force qui nous invite à retrouver le centre, celui que nous effleurons dans nos plus belles envolées.

    J’aime

Laisser un commentaire