Comment parler du mystère, mystère de l’essentiel, mystère de la vie, de la beauté, de l’amour et de la bonté, mystère du temps et de l’éternité que nous ne pouvons comprendre, saisir, attraper, circonscrire et enfermer ? Mystère que toujours nous ne pourrons que frôler. Faut-il parler, que peut-on balbutier ?
Nous tentons d’embarquer en explications. Comme les nains de Bernard de Chartres, nous nous juchons sur les épaules des géants, de ceux qui ont tenté d’expliquer. Nous nous mettons à l’écoute de leur enseignement qui fait foi, comme le cachet de la poste fait foi. Nous apprenons, répétons et tentons de transmettre ce qui nous est apparu beau et bon. Et ces mots de Quignard me reviennent à l’oreille : « on transmet ce qu’on ignore avec ce que l’on croit savoir ».
Transmettre ce qu’on ignore du mystère n’est ni une défaite de la pensée ni une tromperie. C’est donner envie de contempler. Simplement contempler le mystère dans tous ses aspects et ce qu’il nous dit de l’ineffable. Et transmettre le goût de cette ignorance contemplative. Pour se lover dans la beauté du mystère. Pour entrer en familiarité avec lui. Dans la reconnaissance qui, seule, peut marier amour et connaissance. Reconnaissance comme un reflet aperçu de l’essentiel, mêmement proche et infini. Y entrer dans la confiance. Sans peur. Nul brouillard alors. Seulement, un air pur, si pur qu’il nous brûle.
